Maintenant cher lecteur, tu sais dans les grandes lignes de quoi il en retourne. Pas besoin d’en rajouter. Les pages qui vont suivre vont t’entraîner dans un monde que tu ne peux pas soupçonner. Quand tu auras terminé ce bouquin, tu verras ton voisin différemment et à mon avis tu ne toucheras plus jamais à un ordinateur de ta vie, mais bon, je veux pas non plus te faire peur.

Nos bureaux sont planqués dans un vieil immeuble sur les bords de la Seine, en plein Paris. Sur la porte il est indiqué que tu te trouves devant les bureaux de la Société Trampax, spécialisée dans l’import-export de rutabagas néo-zélandais. Remarques avec un pedigree pareil, on risque pas d’avoir beaucoup de clients. Le quartier est très calme, mais ça tu t’en doutais déjà. L’immeuble du style compagnie d’assurances sur le déclin ne paye pas de mine. Par contre, dès que tu as le feu vert pour pénétrer dans la forteresse, tu es frappé par le standing haut de gamme de chez Niort. Faut t’avouer que notre grand boss n’a pas lésiné pour les frais. Le sol est en marbre blanc d’Italie, les murs sont recouverts de tapisseries orientales signées par Kadirhârhien, fabriquant de tapis à Barbès, les meubles sont des pièces uniques qui viennent de chez Ichiéa. Ca respire le luxe et sa sent la framboise.

L’immeuble de trois étages est divisé en quatre parties. Au rez-de-chaussée, il y a notre Betty nationale qui fait office d’hôtesse d’accueil. La presque soixantaine souriante, elle est chargée d’éloigner le cas échéant les importuns. Betty c’est notre signal d’alarme et notre couverture aussi. Sans sa vigilance, je peux t’affirmer que notre turbin serait déjà étalé sur la place publique.

Ensuite au premier il y a deux bureaux qui servent le cas échéant de leurres et un toilette. Ils sont meublés complets, avec téléphones, calendriers de la Poste punaisés aux murs. Sur les bureaux sont entassés des faux contrats et il y a aussi des entêtes de lettres aux couleurs de Trampax avec un super logo mauve et noir. Dans des cadres bons marchés on a aussi placé des photos de familles qui te racontent la vie de Paul Troupier, directeur de Trampax et de Martial Dugland, sous-directeur, responsable des achats (deux personnages inventés pour les besoins de notre couverture). Il y a même une photo de Troupier en train de faire le con sur un dromadaire au Maroc avec une chiée de gosses autours de lui.

Au deuxième étage tu rentres dans le vif du sujet. C’est notre territoire. Là, pas vraiment de chichis. Une seule et grande pièce très lumineuse. Le premier truc qui te viens quand tu rentres c’est que tu te crois dans une tour de contrôle ou alors à la bourse. Au plein milieu de la pièce tu as une dizaine de bureaux disposés en demi cercle sur lesquels sont posés des chiées d’écrans d’ordinateurs. C’est ici que tout se passe en général. C’est notre poste d’observation. Je te dis pas le prix des bécanes installées ici car tu en ferais une jaunisse et tu irais te plaindre aux impôts, mais je peux te dire que c’est du sérieux.

Au troisième, tu as trois pièces. Dans la première, c’est le coin douche et toilettes. Pratique et sans chichis. Le maximum dans un minimum de places. Dans la deuxième pièce il y a deux fois deux lits superposés pour récupérer des nuits sans sommeils. La troisième pièce nous sert de cantine. Tu as un frigo amerloque dernier cri, une cuisine équipée que ta rombière pourra jamais se payer et tous le matériel électroménager habituel. Il faut bien bouffer de temps en temps, non ?

Voilà, maintenant que tu as fais le tour du proprio tu aimerais savoir ce que l’on fait ici ?

Pour te résumer la situation, tu es au courant qu’Internet regorge de trucs pas nets. Je te parles pas des petites arnaques à la petite semaine, nous c’est pas notre job. On fait plutôt dans le gros poisson, genre les filières qui te blanchissent de l’argent de la drogue par des transactions douteuses. On surveille aussi des groupes religieux du genre Benbaladen et des groupuscules fascistes. Remarques, avec ce que les américains ont pris en septembre 2001, tu m’étonnes que le gouvernement français prenne ses précautions.

On est la pour détecter et enrailler avant que cela ne fasse du bobo et la une des journaux télévisés.

En ce moment on est sur un coup fumant. Un gros ponte de la haute finance, Jean Cluleret qui s’amuse à blanchir de l’argent en provenance des pays de l’est. Le physique du gars joue pourtant pas en sa défaveur. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à ton pharmacien et pas le moins du monde au sosie du parrain. Une bouille sympa, une petite moustache grisonnante et les cheveux qui se font rares. Le parfait père de famille. Il a pas non plus de maîtresse à son actif qui pourrait lui forcer la main. Sa femme qui approche de la cinquantaine embourgeoisée n’a pas encore le feu au cul. Planchont nous à fait le topo avec photos et tous le toutim.

je me ferais bien un sandwiche déclare le blaireau, affalé dans son siége en pur sky.

J’en profite pour rameuter les troupes.

- réunion dans dix minutes pour faire le point sur l’affaire Cluleret.

Bon, faut des fois se remettre en question. On est sur le coup depuis trois semaines et pourtant on fait du sur place. Habituellement, pour se genre de boudin, on à déjà le maximum d’infos et en général l’affaire est déjà classée. Cette fois ci, j’ai l’impression que l’on ne sait pas tout depuis le début. On ne dispose pas de toutes les cartes, ça je le sens et je peux te dire que je me trompe rarement.

- On gigot[1] les gars.

- On est prêts, me répondent en cœur Lapomme et Blanchet.

- Vous n’avez pas vu Lapieuvre ?

- Il est encore à la cuisine, il va pas tarder m’informe Blanchet.

Lapomme est déjà au boulot. Il pianote à tout vas, ouvre des fenêtres, clic par ci, referme par là. En un temps trois mouvement tu as les photos et vidéos de Jean Cluleret que l’on a prisent à son insu en compagnie de trois lieutenants de la mafia russe.

Eux c’est sûr ils ont bien le physique de l’emploi. Pas de danger de les cataloguer au secours catholique.

 

Partie 3

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[1] Lolodila veut dire « on y va » (note de la femme de ménage)


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